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Chef-d’œuvre à (re)découvrir

Le nouvel écrin du fond d’art contemporain du collectionneur François Pinault abrite un trésor pictural du 19e siècle récemment rénové. Avec plus de 10 mètres de haut et une longueur de 140 mètres, ce panorama monumental révèle la splendeur de la coupole. Un véritable chef-d’œuvre réalisé par cinq anciens sociétaires de la Société des Artistes Français, dont le travail est aujourd’hui le témoin de toute une époque.

La Société des Artistes Français, reconnue d’utilité publique depuis 1883 assume son passé prestigieux et, de par ses statuts, se doit de continuer sa mission d’incubateur de nouveaux talents.

« Nous souhaitons profiter de l’inauguration du centre d’art pour mettre à l’honneur nos anciens (sociétaires) à l’origine de cette réalisation qui couronne la nouvelle rotonde. Ces commandes étaient consécutives à des récompenses toujours attribuées de nos jours telles que, médailles d’or et médailles d’honneur. 

Pour mémoire, les monuments de Paris au 19eme siècle, tels que l’Opéra Garnier et le Grand Palais ont été érigés par nos architectes et décorés par nos médaillés. Nos archives en sont témoins. De par son passé d’art officiel, le Salon a conservé ses traditions au même titre que la Comédie Française et l’Académie des Beaux-Arts dont quatorze de nos Présidents furent membres. » explique Alain Bazard, président de la section Peinture du Salon de la Société des Artistes Français.

 

Un chef d’œuvre entre splendeur et immensité,
à l’image de la Société des Artistes Français tout au long du 19e siècle.

Qualifié de « Panorama du commerce » par Le Temps en 1889, cette œuvre témoigne de l’expansion et la modernité de la France à travers le commerce dans le monde entier.

« Ainsi, l’Europe est-elle symbolisée par les arts et l’architecture, l’Afrique par le lion et la chasse, l’Orient et l’Asie par le narguilé et les éléphants ; le Grand Nord, enfin, par l’ours polaire. C’est donc à un voyage au long court qu’invite cette composition riche en détails. » explique Alix Laveau, restauratrice habilitée par la Direction des Musées de France*.

Avec l’Exposition Universelle de Paris cette même année, la Bourse de Commerce et son majestueux panorama sont présentés au public. Paris cherche à devenir une ville moderne, permettant la construction de nombreux monuments. Les artistes qui y participent sont alors connus et reconnus par leurs contemporains.

Le principal maître d’œuvre Victor Georges CLAIRIN qui réalise l’Asie et l’Afrique, s’illustre également au Salon de 1870 avec le Portrait de Sarah Bernhardt actuellement au musée du Petit Palais. Il participe en outre à la construction de décors de nombreux monuments comme les escaliers et le foyer de l’Opéra Garnier, ou encore les plafonds de l’Hôtel de Ville et de la Sorbonne.

Il est secondé par Désiré François LAUGEE qui réalise la Russie et le Nord et expose au Salon de 1845 à 1896. Il est également connu pour la confection de nombreux décors comme celui du Palais du Luxembourg, la chapelle Saint-Denis, l’église Sainte-Clotilde ou encore l’Hôtel Continental.

Hippolyte LUCAS s’attèle à l’Europe et obtient de nombreuses récompenses au Salon, de 1877 à 1924. Il collabore en outre à la réalisation des décors du Salon des Congrès du Musée océanographique de Monaco, au Casino de Monte Carlo, ainsi qu’aux plafonds de la Préfecture du Rhône.

Evariste-Vital LUMINAIS présent au Salon de 1880, se charge de l’Amérique. Il contribue ensuite à la diffusion d’une nouvelle iconographie, notamment avec ses représentations de Gaulois, véhiculés dans les manuels scolaires de la IIIème République.

Alexis Joseph MAZEROLLE débute au Salon de 1847 et obtient de nombreuses récompenses. Il supervise l’ensemble et réalise aux quatre points cardinaux les allégories des continents et régions peintes par les autres artistes. Nous lui devons également les décors de grands théâtres tel que l’Opéra de Paris.

Enfin, c’est le sculpteur Aristide CROISY également médaillé au Salon, de 1867 à 1885 qui réalise le fronton monumental avec l’allégorie féminine figurant le Commerce et l’Abondance.

« A l’époque de Napoléon III, Paris change en profondeur, elle devient une ville moderne et se dote d’infrastructures neuves. Ceci permet la construction de nombreux monuments, lesquels sont souvent décorés quasi à chaque fois. La production artistique est considérable. Le 20e siècle a porté un regard assez négatif sur les peintures décoratives du 19e siècle. Les œuvres de ces artistes pourtant de haut niveau sont aujourd’hui encore souvent dédaignées. Cependant il suffit de voir l’éblouissement des visiteurs devant le décor de l’escalier monumental de l’Opéra Garnier peint par Isidore Pils, pour se rendre compte que cette peinture suscite toujours l’émerveillement ! » souligne Alix Laveau*.

  

La restauration de cette œuvre monumentale, omniprésente au-dessus des futurs visiteurs du musée, fait partie intégrante du projet architectural mené par Tadao Ando pour Pinault Collection. Ce choix assumé souligne toute l’importance de la Société des Artistes Français dans notre société contemporaine, toujours passionnée de beauté historique.

Héritière directe du Salon créé sous Louis XIV, la Société des Artistes Français, fondée par Jules Ferry en 1880, n’est pas seulement un pilier de l’Art, mais aussi de l’Histoire.

Son « devoir » de mémoire et d’héritage indispensable se reflète ici encore dans la restauration de l’un de ses chefs-d’œuvre.

 

 

 

 

 

 

 

*Citations extraites de l’interview : https://www.boursedecommerce.fr/larestauration.html

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