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Témoins d’argile

Les figurines en terre cuite du centre de la Gaule
17.10.2020 > 19.09.2021
Musée Anne-de-Beaujeu (Moulins)

 

Parmi les richesses du musée Anne-de-Beaujeu, il en est un connue de tous les musées d’Europe. Que l’on soit à Bruxelles, Londres, ou à Paris, partout, au détour d’une vitrine présentant des objets de l’Antiquité, se trouve une petite figurine en terre cuite claire représentant une Vénus sortie des eaux, une déesse-mère. Ce peut être également un animal tel un singe ou un cheval. Ces objets sont connus depuis le 19e siècle comme les « figurines en terre blanche de l’Allier ».

L’exposition « Témoins d’argile. Les figurines terre cuite du centre de la Gaule » est la première rétrospective à mettre en avant ces objets depuis plus de 20 ans. Elle présente non seulement les trésors de la collection du musée Anne-de-Beaujeu, mais elle est également l’occasion de retrouver dans le Bourbonnais certaines pièces découvertes dans l’Allier, qui font aujourd’hui partie des collections du musée d’Archéologie nationale de Saint-Germaine-en-Laye et qui retrouvent pour ainsi dire leur maison.

« Les figurines, parce qu’elles exposent des iconographies riches et variées, ont immédiatement intéressé les historiens de l’art et les amateurs du ‘bel objet’. Dès le 19e siècle, on les étudie d’un point de vue artistique et iconographique, et on essaie de comprendre pourquoi tel sujet est représenté de telle façon ; la figurine n’est qu’œuvre d’art. à partir de la seconde moitié du 20e siècle, des chercheurs comme Hugues Vertet ou Micheline Rouvier-Jeanlin s’interrogent davantage sur leur usage. » Loïc Androuin*.

 

Lorsqu’en 1856 des figurines en terre cuite sont mises au jour dans un champ de Toulon-sur-Allier, ce sont près de 2 000 ans d’histoire qui refont surface.

Les figurines en terre cuite appartiennent à l’artisanat de la coroplastie, qui se caractérise par la production d’objets figurés en terre cuite par modelage et/ou moulage. C’est à la croisée de plusieurs cités gallo-romaines (territoires administratifs) : Eduens, Bituriges-Cubes, Arvernes ou Ambivarètes, qui « reprennent » les délimitations territoriales celtes que se développent, entre le 1er et le 3e siècle de notre ère, de nombreux centres de productions de céramiques appelés aujourd’hui « de Gaule centrale ».

L’attrait pour ces productions de l’artisanat gallo-romain ne va cesser de grandir jusqu’à former une partie importante des collections du musée Anne-de-Beaujeu. Dès le 19e siècle, l’importance des découvertes faites dans l’Allier, jointes à une campagne de communication efficace par ses inventeurs ont mené les spécialistes comme le grand public à nommer ce type d’objet « figurines en terre blanche de l’Allier ».

Aujourd’hui encore, dans de nombreux musées à travers l’Europe, ces figurines en terre cuite portent souvent ce nom ; que ce soit à Rennes, à Bordeaux, à Reims, en Angleterre, en Belgique et jusqu’en Autriche.

On sait aujourd’hui que les populations occupant ce qui n’était pas encore l’Allier durant l’Antiquité, n’ont pas été les seules à produire des figurines moulées en terre cuite. Les recherches récentes, depuis la fin du 20e siècle notamment, ont permis la fouille d’ateliers de potiers hors de la vallée de l’Allier où l’on retrouve des moules et des figurines permettant de prouver l’existence de cette production ailleurs sur le territoire français. Aujourd’hui encore, les chantiers d’archéologie, et tout particulièrement d’archéologie préventive, font avancer les connaissances sur ce sujet au niveau national.

La collection de figurines en terre cuite du centre de la Gaule appartenant au musée Anne-de-Beaujeu est l’une des plus importantes, après celle conservée au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Celui-ci conserve des collections de figurines retrouvées partout en France.

Il a en particulier acquis en 1884 la collection de Louis Esmonnot, un des premiers fouilleurs des sites de production Bourbonnais, qui comprend des objets trouvés à Toulon-sur-Allier, Vichy ou encore Saint-Pourçain-sur-Besbre. Certains ont pu être empruntés pour cette exposition et ainsi retrouver l’Allier pour la première fois depuis leur mise au jour. La majorité des 400 oeuvres présentées est issue de la collection du musée Anne-de-Beaujeu et intégrera ensuite, pour partie, le parcours permanent du musée.

Abandonnant les figurines en « terre blanche de l’Allier », au profit de l’appellation « en terre cuite du centre de la Gaule », l’exposition « Témoins d’argile » a pour ambition de confirmer l’importance de la production de ces petits sujets en terre cuite durant l’Antiquité au sein de la vallée de l’Allier, en relation avec d’autres centres de productions importants, tout en soulignant la richesse de la collection aujourd’hui conservée au musée Anne-de-Beaujeu.

L’exposition « Témoins d’argile » représente une étape importante pour le musée Anne-de-Beaujeu en étant la première grande rétrospective dans l’Allier sur le sujet depuis plus de 20 ans. Elle a permis une campagne de restauration majeure d’une centaine de pièces en terre cuite antiques. La recherche sur ces collections fait l’objet d’un regain d’intérêt et d’activité de la part des chercheurs depuis la fin des années 2000. C’est dans cet élan que cette exposition s’inscrit.

L’édition d’un catalogue pour cette exposition constitue la première monographie sur le sujet pour le musée et s’inscrit dans une volonté éditoriale forte visant à mettre en valeur les collections du musée Anne-de-Beaujeu pour le public et la communauté scientifique.
Un riche programme culturel accompagnera cette exposition (conférences, ciné-conférence, visites commentées, jeux antiques…).

 

* Loïc Androuin, commissaire scientifique de l’exposition, titulaire de deux maîtrises en archéologie à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté. Il mène plusieurs recherches sur les figurines en terre cuite gallo-romaines, principalement sur l’agglomération antique d’Augustodunum-Autun.

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